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L'HISTOIRE DU BELEM
1914-1951 : Yacht sous pavillon britannique
 
En mars 1914, au bout de 13 ans passés à bord du Belem, le Capitaine Chauvelon prenait le commandement du trois-mâts pour la dernière fois... Il lui fit traverser la Manche pour le remettre à son nouveau propriétaire, le Duc de Westminster. Ce n'était pourtant pas le choix de bateaux flambants neufs qui manquait à Hugh Richard Arthur Grosvenor, 2ème duc de Westminster, chef de l'une des familles les plus fortunées des Iles Britanniques mais, « by Jove ! », les lignes élégantes, la taille raisonnable et la maniabilité du Belem avaient recueilli son approbation.
 
En ce qui concernait le luxe et le confort en revanche, il y avait beaucoup à faire... Le Duc s'attacha donc à le transformer en yacht de plaisance, de quoi faire honneur au guidon du Royal Yacht Squadron. De vaste travaux d'aménagement furent entrepris : deux hélices et deux moteurs suédois Bolinder furent installés, les bas mâts en bois remplacés par des mâts en acier, la dunette surélevée, des cabines en acajou de Cuba y furent construites, l'ancienne cale à marchandises séparée en deux par un faux pont dans lequel on mit encore d'autres cabines, le poste d'équipage placé sous le gaillard d'avant ; on installa au pied du grand mât un salon. Petite fantaisie post-victorienne du Duc : une balustrade de colonnettes blanches entourant le pont arrière...
 
Et voilà le Belem capable d'accueillir confortablement quelques 40 personnes, entre propriétaires, invités et équipage, sillonnant avec panache les mers d'Europe au lendemain de la Grande Guerre, sous le pavillon de sa Gracieuse Majesté britannique.
 
Fantôme II
Tant et si bien qu'un jour il fit une nouvelle conquête : celle du richissime brasseur anglo-irlandais Sir Arthur Ernest Guinness. Visiblement peu habitué à ce qu'on lui résiste, Sir Arthur n'eut de cesse que d'obtenir ce bateau qui lui avait tant plu et il finit par convaincre (l'histoire ne dit pas comment) le Duc de Westminster de lui vendre le Belem en 1921. C'est là que le bateau perdit son nom : Guinness le rebaptisa Fantôme II, avec l'orthographe française. Le moins qu'on puisse dire est qu'entre le brasseur et son trois-mâts, ce fut vraiment une belle histoire, qui ne prit fin qu'à la mort de Guiness. Au cours de toutes ces années, il emmena son yacht pour de longues navigations – il avait d'ailleurs aménagé dans le petit roof son bureau qui est aujourd'hui le carré des officiers.
 
Pendant un an, de mars 1923 à mars 1924, ils ont même fait le tour du monde en passant par le canal de Panama et revenant par celui de Suez, échappant de justesse au grand tremblement de terre qui détruisit le port de Yokohama. Un an après, ils étaient dans les glaces du Spitzberg. On sait qu'ils sont venus à Marseille, qu'ils ont remonté le Guadalquivir jusqu'à Séville...
 
En 1938, Fantôme II et son propriétaire fêtaient le couronnement du roi Georges VI dans le port de Montréal. Les fêtes, les régates, les rassemblements prestigieux, tout cela faisait dorénavant partie de l'existence « dorée » de l'élégant trois-mâts.
 
Mais en 1939, à l'orée d'une nouvelle guerre mondiale, les destinées du navire allaient changer. Fantôme II fut désarmé à l'Ile de Wight, dans la rade de Cowes. Il allait y rester 12 ans. Pendant la guerre, il abrita un moment le quartier général des Forces Françaises Libres, section des vedettes rapides. Un bombardement détruisit ses vergues et ses voiles. D'une façon générale, son sort n'intéressa pas grand-monde... jusqu'en 1951.