A cette époque, un aristocrate italien, sénateur et mécène, le Comte Vittorio Cini, cherchait un navire qui pourrait servir de bateau école pour le Centre maritime d'une grande Fondation qu'il avait mise sur pied en souvenir de son fils, Giorgio, mort dans un accident d'avion, dans le but de restaurer totalement l'île de San Giorgio Maggiore, dans la lagune vénitienne, et d'en faire un grand espace culturel.
Le Centre maritime accueillait quelque 600 orphelins de marins et de pêcheurs pour les initier aux métiers de la mer. Les agents de Cini finirent par découvrir le navire qui leur convenait : c'était Fantôme II, que les héritiers de Guiness avaient mis en vente.

Et voilà le trois-mâts reparti pour de nouveaux horizons, cette fois sous le pavillon italien. Là encore, il subit d'importantes transformations pour pouvoir accueillir une soixantaine de jeunes apprentis marins, les « marinaretti ». Perdant ses vergues de grand mât et gréé en barquentin, le navire, sous son nouveau nom de Giorgio Cini, sillonna la Méditerranée de Malte à Marseille avec ses « petits marins ». Mais en 1965, il fut jugé trop vieux, trop dangereux pour continuer à naviguer. Mis à quai à San Giorgio Maggiore, il servit quelque temps de pensionnat aux « marinaretti » avant d'être vendu au corps des Carabiniers pour une lire symbolique... Les Carabiniers entreprirent eux aussi de sérieux travaux de restauration mais durent renoncer à le conserver, faute de moyens financiers. Ils le donnèrent en 1976 aux chantiers navals de Venise. Ceux-ci continuèrent les travaux, redonnant au navire ses gréements de trois-mâts barque et installant de nouveaux moteurs Fiat. Le but était de remettre le navire en vente le moment venu.
Le retour
Or, au début des années 70 déjà, il s'était passé un événement qui allait changer, une fois de plus, les destinées du vieux voilier. Un Français, le Dr Luc Gosse, passionné de vieux gréements, lors d'un séjour à Venise, visita le bateau amarré à San Giorgio. En parcourant le Giorgio Cini, il découvrit sur le fronton de la dunette une petite peinture du trois-mâts surmontée du mot : Belem. De retour en France, le Dr Gosse s'efforça d'alerter une opinion publique française assez indifférente sur l'existence de ce voilier issu d'un chantier nantais.
En 1977, les chantiers de Venise mirent le navire en vente. Avec le soutien de l'ASCANF (Association pour la Sauvegarde et la Conservation des Anciens Navires Français), le Dr Gosse redoubla d'efforts : Jérôme Pichard, Délégué général de l'Union Nationale des Caisses d'Epargne de France, s'intéressa au projet de retour du navire en France.
C'est ainsi qu'en janvier 1979, l'achat fut conclu entre les chantiers vénitiens et les Caisses d'Epargne. En mars, le Ministère de la Défense s'engagea à assurer le remorquage du navire jusqu'en France. Le 15 août, à la limite des eaux territoriales italiennes, le Belem (son nom lui avait été rendu) fut remis à la Marine Nationale française. Dix jours plus tard à la remorque du RC Actif, il entrait au port de Toulon, dernière étape avant qu'il ne rejoigne Brest remorqué par le RHM Eléphant.
Au bout de 65 ans d'absence, « le yacht de Monsieur Crouan » avait retrouvé ses rivages d'origine et faisait son entrée dans l'histoire maritime de la France. Mais ses aventures ne s'arrêtent pas là...