Emile Le Moignic, qui a tenu pour nous son Journal de Bord tout au long de la traversée de retour, a pris une dernière fois la plume – sous la forme d'un clavier d'ordinateur – avant de quitter le Belem à Lisbonne pour raconter cette dernière étape et l'arrivée au port.
Le Belem a achevé sa traversée de l'Atlantique mardi 19 août à 16 heures dans le port de Lisbonne. Sa « Traversée pour l'Histoire » se poursuit dès mercredi avec Toulon pour point final. Sur les 48 stagiaires de l'Atlantique, 12 d'entre eux restent à bord et 35 « nouveaux » prendront la place de ceux qui ont mis sac à terre. Au cours de cette transatlantique, le Belem aura parcouru 2 780 milles (environ 5 100 kilomètres) dont 1 460 milles à la voile (52 %) et 1 320 milles au moteur.
Mardi, après une nuit chaotique, la matinée a été similaire sous l'effet d'une houle prononcée de Nord-Ouest. Le navire a même dû prendre la direction de la haute mer pendant le déjeuner afin d'atténuer les effets de cette houle et éviter ainsi que la table ne soit débarrassée en moins d'une seconde. Pour Lionel, le cuisinier, cela revient à « prendre un cap alimentaire ». Sur cette houle longue, le Belem donnait l'impression de chevaucher allègrement la mer comme un cheval au galop. Par ce mouvement gracieux de grande amplitude, le navire accomplissait sa chevauchée finale de l'Atlantique.

L'estuaire du Tage atteint, sa rive droite – quartier Belèm – se déroulait tel un livre d'Histoire. Premières pages avec la Tour de Belèm. Edifiée entre 1515 et 1520 dans le cours du Tage, elle est dorénavant en bordure du fleuve depuis la modification de son cours après le séisme du 1er novembre 1755.
Ensuite se présente le monastère des Hiéronymites (monastère Jeronimos), archétype du style manuélien au même titre que sa voisine la Tour Belèm. Tous deux sont classés au patrimoine de l'Unesco depuis 1983.
Page suivante avec le Monument des Découvertes, inauguré en 1960 pour le 500ème anniversaire de la mort d'Henri Le Navigateur (1394-1460), initiateur des premières expéditions portugaises.
Dernière page du livre d'Histoire, le Pont du 25 avril sous lequel est passé le Belem. Prouesse technique des années 60, ce pont suspendu enjambe le Tage sur une longueur de 2,2 kilomètres et culmine à une hauteur maximale de 190 mètres. Inauguré sous la période du dictateur Salazar, il a été rebaptisé en hommage à la révolution des œillets du 25 avril 1974.
Un voyage extraordinaire
Que retenir des ces 23 jours passés en mer entre Gaspé et Lisbonne ? Tellement de sensations, petites et grandes, qu'il est difficile de faire la part des choses à peine débarqué. Les prochaines semaines permettront de prendre le recul nécessaire. Mais il y a fort à parier que chacun reconnaîtra qu'il a bénéficié d'un privilège. Privilège de s'offrir un tel voyage. Privilège de traverser l'Atlantique sur un navire plus que centenaire qui démontre chaque jour sa capacité à affronter les éléments et à capter le vent quand celui-ci daigne être présent. Privilège également d'avoir côtoyé des personnes différentes de soi, qu'elles soient stagiaires ou membres de l'équipage, relations qui constituent autant d'occasion d'enrichissement personnel, voire d'amitié.
A l'arrivée, sourire aux lèvres et pas encore la nostalgie en bandoulière, les stagiaires sont manifestement satisfaits de leur expérience. De leurs souvenirs et sentiments à chaud, ils retiennent pêle-mêle les 6 journées ininterrompues de navigation sous voile et sous la même amure entre Saint-Pierre-et-Miquelon, la bonnette pour l'Histoire, les escales fabuleuses à Saint-Pierre et à Ponta Delgada, les fonctions de chef de bordée instituée depuis les Açores, la pédagogie de l'équipage, les bons et copieux repas des cuisiniers, les punchs du commandant, la bonne ambiance à bord, le grand prix de tire au bout où ils ont ri à gorge déployée, le fatigant quart de nuit « 0-4 » ... C'était un voyage non ordinaire, c'est à dire extraordinaire !