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LA SEMAINE DU BORD

editorial"L'effet Belem" ou "l'effet 400e" ! par Caroline Laberge - 02 Septembre 2008

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Caroline Laberge, stagiaire québécoise de la navigation Rimouski-Gaspé en juillet dernier, nous a fait parvenir le récit de sa découverte du Belem « en vrai ». Un bel exemple de « l'effet Belem » outre-Atlantique, en cette année de festivités franco-québécoises, et un beau témoignage de stagiaire à partager avec ceux qui connaissent, et ceux qui hésitent encore !
 
Le 400e de Québec a été le théâtre de plusieurs événements spéciaux dont un, moins médiatisé, qui permit à 40 Québécois de voguer sur l'Histoire. En effet, le 24 juillet 2008, à Rimouski, 40 Québécois s'embarquaient sur le majestueux et élégant voilier français du 19e siècle : le Belem. Je faisais partie des 40 fébriles ce matin-là à Rimouski, fébrilité, dans mon cas, liée au passage d'un rêve à la réalité.
Ce voilier-école français, soutenu par la Fondation Belem, est devenu l'emblème du 400e de Québec en mettant le cap à l'Ouest, depuis La Rochelle et Bordeaux jusqu'à Québec, aux mêmes dates que Samuel de Champlain l'avait fait en 1608. Et pour célébrer ce 400e, la Fondation Belem décida d'offrir aux Québécois 40 postes de stagiaires-matelots, une première ! Il s'agissait donc d'une occasion en or de se familiariser avec les techniques de voile sur un bateau d'une telle envergure, de goûter un peu aux rouages de la vie de grand équipage et de naviguer sur un bateau de 112 ans d'âge ! Une expérience et une opportunité situées aux confluents de l'Histoire, des techniques de voile presqu'oubliées et de la vie en mer.
J'étais donc sur le quai, nerveuse, impatiente et aussi curieuse de savoir ce qui avait amené les 39 autres à s'inscrire : Étaient-ils tous des férus de voile ? Connaissaient-ils le Belem depuis longtemps ? Dans mon cas, néophyte du monde de la voile, le Belem relevait de la fascination, du fantasme même. Il y a près de 10 ans, j'ai été fascinée par une affiche montrant un bateau s'extirpant d'une immense vague, je ne connaissais pas le bateau mais l'image dégageait une telle force que j'en fis l'achat. Il y était inscrit "Belem 1896".
 
Puis arriva le 400e et j'appris que le Belem allait venir à Québec ! Par le billet d'Internet, j'ai suivi pas à pas sa traversée de l'Atlantique décrite dans les journaux de bord. Je me disais qu'au moins je pourrais le voir en 3 dimensions ! Ensuite comble du bonheur survient l'ouverture des postes de stagiaires. Je m'y inscris sans y penser. Surgit alors ce sentiment d'angoisse précédent la réalisation d'un rêve. Je me disais "en deux dimensions c'est bien beau, mais en trois dimensions, je ne sais même pas si j'ai le mal de mer !". "Tant pis" me suis-je dit !
Ainsi, lorsque le Belem fut libéré de ses amarres à Rimouski et qu'il avançait la proue pointée vers le large et que j'étais à bord saluant mes proches restés sur le quai, j'eus l'impression d'entrer dans mon « poster ».
 
Me voilà donc dans le rêve, ou plutôt la réalité ! D'abord, l'arrivée à bord fut marquée par l'attribution d'un numéro à chaque stagiaire correspondant à une tasse, à une bannette (couchette) et permettant la formation des équipes qui allaient travailler sur rotation de 4 heures, jour et nuit. Je me rendis alors compte que je n'étais pas la seule curieuse puisque que les premières questions sur toutes les lèvres étaient "Comment as-tu su pour l'inscription ?" et "Tu connais le Belem depuis longtemps ?". Et chacun y allait de sa petite histoire, et chaque histoire a son charme.
Ainsi, au fil des quarts de travail, et sous la supervision des gabiers-instructeurs, j'ai apprivoisé le vocabulaire de la voile (drisse, cabillot, vergues etc.) pendant que Roger me racontait sa passion pour les grands voiliers du 17e et 18e siècle et ses lectures nocturnes des plus grandes batailles navales de l'Histoire. Le stage sur le Belem était un cadeau-surprise de son fils Ben qui l'accompagnait.
J'ai effectué en équipe le déploiement des voiles et Yves m'exprimait sa fierté de sa carrière de militaire à laquelle il aurait bien aimé ajouter une expérience dans la marine et, de lui, émanait un évident penchant pour l'Histoire : il arborait avec fierté la barbichette en vogue au temps de Champlain.
J'ai appris à tenir la barre (gouvernail), cap sur Anticosti, pendant que Viviane, de Montréal, me révélait être une passionnée de voile et ressentir constamment ce besoin d'être en mer. Rien de plus naturel, ai-je pensé, elle est issue d'une famille de pêcheurs, sa mère est de Port Menier et sa grand-mère des îles Saint-Pierre et Miquelon !
Il y avait aussi Catherine avec qui j'ai brossé le pont qui m'expliquait avoir connu le Belem via une affiche offerte par son copain, cinq ans plus tôt, d'un bateau émergeant d'une énorme vague... et que cette image l'impressionnait toujours ! Confirmation : Philip Plisson, photographe, fait très bien son travail ! Par une image il peut faire naître le rêve !
Finalement, j'ai nettoyé les toilettes avec des fous rire pas possibles, astiqué les cuivres sous un vent chaud qui sentait l'épinette alors qu'il n'y avait aucune côte en vue et assuré la veille en soirée sur le gaillard avec des silences contemplatifs et des doigts pointés vers les souffles de baleine au coucher de soleil...ou le souffle du Belem, puisque ce voilier a tant de voiles et d'Histoire qu'on a presque l'impression qu'il respire !
 
En tant que stagiaire sur le Belem, j'ai pu savourer les bons plats du chef cuisinier à condition bien sûr que les stagiaires affectés au service arrivent à bon port avec les assiettes de service malgré les échelles et le tangage ! Ouf ! J'ai aussi goûté à la vie moins romantique du matelot lorsqu'à 3h35 AM le rideau de ma bannette s'est ouvert brusquement et qu'on m'a braqué le faisceau d'une lampe de poche dans les yeux en tonnant : "C'est l'heure du quart!" et que 15 minutes plus tard je devais être sur le pont pour prendre le relais de l'équipe de nuit et recevoir l'attribution des tâches du quart 4h-8h AM. Tout sur le Belem fait plaisir... C'est l'effet Belem !
 
Le périple a donc duré 3 jours jusqu'à Gaspé en passant par les côtes d'Anticosti et en remontant jusqu'à l'île Bonaventure et le Rocher Percé aperçus quelques minutes avant leur disparition dans la brume. La bonne humeur des 16 membres d'équipage et officiers en majorité bretons et la motivation des stagiaires québécois de vivre une expérience hors du commun a permis l'établissement d'une ambiance magique. Gaspé signifiait pour le Belem la dernière halte québécoise avant le retour en France prévu le 30 août. Un gabier m'a confié que l'atmosphère avec les stagiaires québécois avait été particulièrement géniale; un autre que le Québec (ou les Québécoises !) l'avait séduit à tel point qu'il serait de retour en septembre, par avion cette fois, pour une période indéterminée. C'est ce qu'on pourrait appeler "l'effet Belem", ou "l'effet 400e" !
 
            
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