Mercredi 21 mai. 3e jour
Premiers vrais bords sous voiles à l'approche du cap Finisterre. J'espère que Finisterre Trafic autorisera le Belem à emprunter la voie côtière en dépit de sa longueur, les navires de plus de 50 mètres étant soumis aux dispositions du DST (Dispositif de Séparation de Trafic).
Mer bleue et ensoleillement sont au rendez vous.
Quant aux stagiaires, plutôt que de leur délivrer des cours magistraux, j'ai initié des rencontres par petits modules de 12 à 15 personnes assises confortablement dans le petit roof plutôt que dans le grand.
Jeudi 22 mai. 4e jour
Pris contact avec Finisterre Trafic vers 23 heures hier soir après une journée presque entière sous voiles et brises molles entrecoupées d'allures un peu plus soutenues autorisant les 3 à 4 nœuds dans le meilleur des cas. Pas de difficulté à emprunter la voie côtière le long de Finisterre, mais obligation de faire route au moteur la nuit pour gagner vers le sud.
Par vent de secteur sud ouest à sud ce matin, j'ai opté sans hésitation pour une route de haute mer. Cap ouest suroît. Choix délibéré de chercher les vents d'ouest beaucoup plus au large, même si relativement faibles (entre 10 et 15 nœuds au mieux) et ainsi de ne pas se laisser enfermer à la côte. J'inscris en effet ce stage particulier sous le signe du « long cours » avec son caractère propre et la dimension psychologique qui en découle: la rupture.
Alternance de périodes de moteur à vitesse réduite la nuit et voiles le jour permettent une progression tranquille vers le but. Si les documents météo confirment leurs prévisions, les vents devraient peu à peu devenir plus favorables, virant ouest à noroît.
Samedi 24 mai. 6e jour
Accroché depuis hier 23 mai les vents de secteur nord ouest assez attendus .Sans être exactement les plus favorables à une marche optimum, ils permettent malgré tout au Trois-mâts de progresser vers le but. Dans son sillage s'inscrit peu à peu cette dimension particulière qu'inspire la haute mer.
Pour l'heure donc, ce samedi 24 et après une belle nuit de navigation sous voiles, le navire court vent sous vergues à l'allure du près bon plein qui familiarise peu à peu les personnels les moins aguerris à la gîte permanente de quelques degrés. La latitude de Lisbonne approche et si le vent se maintient, il y a fort à parier que la totalité du voyage vers Madère s'effectue intégralement à la voile. Un pot de milieu de traversée a agrémenté la soirée. Quant aux activités à bord, chacun s'active à l'embellissement du navire avec l'aide bienveillante de nombreux stagiaires.
Dimanche 25 mai. 7e jour.
Les jours se suivent et se ressemblent. Les vents eux aussi semblent figés dans une inaltérable monotonie hormis quelques grains épars qui émaillent le quotidien. La progression vers le but est conforme. Nulle surprise.
Lenteur, paisible balancement permanent avec lequel chacun doit composer. Apprentissage de la patience... La nuit s'est écoulée dans le ronronnement régulier de la machine. Il faut gagner vers l'ouest.
La latitude de Saint Vincent approche et chacun s'accorde à espérer un petit délai permettant -qui sait? - une courte pause au mouillage de Porto Santo.
Mercredi 28 mai. 10e jour
Quitté ce midi la baie sous le vent de Porto Santo. L'anticyclone des Açores offre au Belem des conditions de navigation "pour demoiselles", comme auraient dit nos anciens. Point de mouillage le 27 vers 17 heures et l'assurance d'une nuit paisible en eaux plates. Petite escapade à terre pour certains. Pour les autres le plaisir prolongé d'une soirée à bord, la mâture sous le feu des projecteurs. Ce matin, dernières emplettes en vivres frais, fruits et légumes.
Appareillé à la voile et enroulé la pointe sud de l'île avant de faire route sous haute voilure vers Madère, destination finale du stage.
Aucune urgence autre que celle d'apprendre à ralentir sa vie, peu à peu, sereinement, au rythme lent des 2 ou 3 milles parcourus en 1 heure.
Au risque de contrarier le maître d'équipage, gardien du temple, ai imposé le silence aux ponceuses de bois pour ces ultimes heures réservées à nos stagiaires.
Le jeudi 29 mai, à 16h30 le Belem arrivait dans le port de Funchal, à Madère. Sur le quai l'attendait son unique passager pour la grande traversée atlantique vers l'Amérique. Michel Germain, écrivain voyageur, tient à partir de ce jour les notes de « La Semaine du Bord », témoin, au nom de tous ceux qui lisent ses lignes, de tous les évènements qui marqueront les jours et les nuits du Belem et de son équipage.
Déjà, sur le site de la Fondation Belem, il vous livre le récit de l'arrivée du Belem et des heures qui précèdent le départ, dans sa « brève de terre avant les brèves de mer ». Pour y accéder,
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