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LA SEMAINE DU BORD

editorialMichel Germain, un témoin pour l'histoire - 02 Juin 2008

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Comment est née votre idée d'accompagner le Belem dans cette nouvelle grande aventure transatlantique ?
Cette idée est née de la conviction que pour le Belem - comme pour tout navigateur - chaque "transatlantique" constitue une "campagne", une page d'histoire, un moment rare. L'expérience d'un navigateur se calculait au nombre de ses traversées (ou en tours du monde), ainsi en est-il d'un voilier. J'ai le sentiment du temps qui passe. Lorsque le Belem ne sera plus, il en restera notamment ce qu'il fut dans ses grandes traversées. Celle-ci en est une. En apprenant en décembre dernier le projet du Belem de se rendre à Québec, l'idée s'est imposée à moi de tout faire pour être du voyage. Il restait alors à établir le lien  entre mon projet personnel (relater le voyage) et celui de la Fondation, dans cette traversée. Je me réjouis de cette conclusion heureuse.
 
Qu'allez-vous chercher à faire passer aux internautes en assurant la chronique quotidienne de ce grand voyage ?
Chaque traversée au long cours est une équation qui assemble une navigation, un exercice de vie dans l'espace clos du navire, l'aventure individuelle et collective d'une communauté (l'équipage). Ma chronique quotidienne sera l'occasion de raconter "l'histoire dans l'histoire", autrement dit ces petits faits qui donnent à chaque traversée sa tonalité et son unicité. Ce voyage est le croisement entre l'histoire d'un voilier d'exception et des trajectoires humaines, elles aussi uniques. Par quel concours de circonstances se rassemblent sur un bateau ces moments de vies ? Sous un autre aspect, ce voyage est pour moi l'occasion de ralentir le temps avec la notion de durée d'un grand voyage. Elle seule permet de retrouver au plan mental ce que ressentaient et ce que ressentiront les navigateurs toutes les époques. J'ai en même temps conscience, avec humilité, qu'il est toujours présomptueux de tenter de raconter ce qui est du domaine du ressenti plus que du rationnel. Enfin, j'aimerai exprimer le fait qu'un voyage est un "moment" entre deux réalités, celle du départ et celle de l'arrivée. A quel moment est-on encore près du départ, sous l'influence du monde que l'on quitte ? A quel moment survient le sentiment de l'entre-deux, une sorte d'apesanteur et de lévitation mentale ? A quel moment s'impose la proximité du point d'arrivée, avec la perspective de ce qui vient ?
 
Vous allez publier un livre qui va associer la chronique quotidienne de ce voyage et l'évocation de sa finalité : faire revivre l'aventure fondatrice de Champlain, et au-delà faire découvrir ou mieux comprendre le Québec d'aujourd'hui.....
Il me semblait symbolique qu'à travers l'Atlantique la traversée du Belem établisse une connexion entre deux terres de la francophonie, mère et fille.
La France, terre d'origine et le Québec, terre de l'arrivée, espace. Qu'y a-t-il de semblable et de différent entre les hommes qui se rendent aujourd'hui à Québec et ceux qui effectuaient le grand voyage, quatre siècles plus tôt ? Plus le monde devient global, vaste et ouvert, plus les communautés font sens. La langue française en est une. Le Québec nous ressemble et sous certains aspect se différencie de nous. La France fut une référence. Le Canada en est une aujourd'hui par sa jeunesse, sa tonicité, son appétit de vivre, sa façon surtout d'appréhender sans peur le monde qui vient. Nous avons à apprendre de lui comme il a sans doute appris de nous en d'autres temps. Il nous ouvre la voie, terre des grands espaces, mais aussi lieu d'invention, pragmatique et solide dans le concert du monde.
 
            
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