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LA TRAVERSEE AU JOUR LE JOUR

editorialLes Açores - Lisbonne du 13 au 21 août

Mercredi 20 août (08h00 Heure locale)

La chevauchée finale  
 
Le Belem a achevé sa traversée de l'Atlantique hier à 16 heures dans le port de Lisbonne (Lisboã en portugais). Sa « Traversée pour l'Histoire » se poursuit dès demain avec Toulon pour point final. Sur les 48 stagiaires de l'Atlantique, 12 d'entre eux restent à bord et 35 « nouveaux » prendront la place de ceux qui ont mis sac à terre. Au cours de cette transatlantique, le Belem aura parcouru 2 780 milles (environ 5 100 kilomètres) dont 1 460 milles à la voile (52 %) et 1 320 milles au moteur.
Hier, après une nuit chaotique, la matinée a été similaire sous l'effet d'une houle prononcée de Nord-Ouest. Le navire a même dû prendre la direction de la haute mer pendant le déjeuner afin d'atténuer les effets de cette houle et éviter ainsi que la table ne soit débarrassée en moins d'une seconde. Pour Lionel, le cuisinier, cela revient à « prendre un cap alimentaire ». Sur cette houle longue, le Belem donnait l'impression de chevaucher allègrement la mer comme un cheval au galop. Par ce mouvement gracieux de grande amplitude, le navire accomplissait sa chevauchée finale de l'Atlantique.
  
Un livre d'Histoire à ciel ouvert  L'estuaire du Tage atteint, sa rive droite – quartier Belèm – se déroulait tel un livre d'Histoire. Premières pages avec la Tour de Belèm. Cette tour São Vincente de Belém été édifiée entre 1515 et 1520. Bâtie dans le cours du Tage, elle est dorénavant en bordure du fleuve suite à la modification de son cours consécutive au séisme du 1er novembre 1755.
 Ensuite se présente le monastère des Hiéronymites (monastère Jeronimos). Cette imposante bâtisse représente l'archétype du style manuélien au même titre que sa voisine la Tour Belém. Tous deux sont classés au patrimoine de l'Unesco depuis 1983.
 
 
 
 
 

Pages suivantes avec le Monument des Découvertes. Construit en 1940, ce monument en béton n'a été inauguré qu'en 1960 lors de la commémoration du 500ème anniversaire de la mort d'Henri Le Navigateur (1394-1460). Un hommage rendu l'infant Enrique car il fût l'initiateur des premières expéditions portugaises.
Haut de 50 mètres et recouvert de pierre rose de Leiria depuis 1960, le monument représente la proue d'une caravelle stylisée prête à prendre le large, toutes voiles gonflées. En tête de proue figure le prince Henri tenant dans une main une caravelle – Henri mis au point ce type de navire – et dans l'autre, un planisphère. Il est accompagné d'une trentaine de personnages qui ont participé aux grandes découvertes du Portugal (mécènes, navigateurs, scientifiques, gouverneurs, missionnaires, ...). Parmi eux figurent les grands découvreurs tels que celui des Indes, Vasco de Gama, celui du Brésil, Pedro Alvares, et aussi Fernão Magalhães plus connu sous le nom de Magellan (1480-1521) et considéré, entre autres, comme le premier circumnavigateur de la planète ...

Dernières pages, le pont du 25 avril sous lequel est passé le Belem. Prouesse technique des années 60, le pont suspendu du 25 avril enjambe le Tage sur une longueur de 2,2 kilomètres et le culmine à une hauteur maximale de 190 mètres. Il relie Lisbonne au quartier Sud de l'Almara où est édifiée la réplique du Cristo Rei de Rio de Janeiro (Brésil). Inauguré sous la période du dictateur Salazar, ce pont a été rebaptisé en hommage à la révolution des œillets du 25 avril 1974.
Le livre d'Histoire se referme à l'arrivée au port mais la ville offre d'autres belles pages.
  
Un voyage extraordinaire  Que retenir des ces 23 jours passés en mer entre Gaspé et Lisbonne ? Tellement de sensations, petites et grandes, qu'il est difficile de faire la part des choses à peine débarqué. Les prochaines semaines permettront de prendre le recul nécessaire. Mais il y a fort à parier que chacun reconnaîtra qu'il a bénéficié d'un privilège. Privilège de s'offrir un tel voyage. Privilège de traverser l'Atlantique, qui plus est, sur un bateau. Privilège de l'avoir fait sur un navire plus que centenaire qui démontre chaque jour sa capacité à affronter les éléments et à capter le vent quand il daigne être présent. Privilège également d'avoir côtoyé des personnes différentes de soi, qu'elles soient stagiaires ou membres de l'équipage, relations qui constituent autant d'occasion d'enrichissement personnel, voire d'amitié.
A l'arrivée, sourire aux lèvres et pas encore la nostalgie en bandoulière, les stagiaires sont manifestement satisfaits de leur expérience. De leurs souvenirs et sentiments à chaud, ils retiennent pêle-mêle les 6 journées ininterrompues de navigation sous voile et sous la même amure entre Saint-Pierre-et-Miquelon, la bonnette pour l'Histoire, les escales fabuleuses à Saint-Pierre et à Ponta Delgada, les fonctions de chef de bordée instituée depuis les Açores, la pédagogie de l'équipage, les bons et copieux repas des cuisiniers, les punchs du commandant, la bonne ambiance à bord, le grand prix de tire au bout où ils ont ri à gorge déployée, le fatigant quart de nuit « 0-4 »,  ... C'était un voyage non ordinaire, c'est à dire extraordinaire !
   
Emile Le Moignic pour la Fondation Belem

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