Jeudi 19 juin (09h45 Heure locale)
Good morning Boston !
Route :
Position : 42°23' Nord, 70°50' Ouest. Vent de Sud-ouest, force 2. Mer calme. Cap compas 250. Pression 1010 millibars.
Vie à bord :
En approche de Boston, après avoir traversé la réserve marine nationale de Stillwagen Bank. De nombreux cétacés ont été aperçus pendant les quarts d'hier. Longée aux premières heures de l'aube, la côte nord de Massachusetts Bay. Par la suite, aperçu par le travers sur tribord, le phare de Gloucester Harbour, les lumières de Salem, par delà le Salem Sound, enfin Nahant Bay.
Un grand paquebot, superstructures illuminées dans la nuit, laisse apercevoir sa blancheur aux premières lueurs du matin. Il suit une route parallèle, sur bâbord, puis nous double, en direction du port de Boston.
Des bateaux de pêche, ici-ou là, puis un tanker.
Huit heures, la vedette du pilote s'avance vers nous, nous contourne par l'arrière et vient accoster sur tribord. Le rendez-vous a été fixé à 1,5 mille de la bouée BG (N. 42°23 / W. 70°51) comme le veulent les instructions nautiques. Le Captain Robert J. McCabe monte à bord. Trois passes donnent accès à Boston : la première a pour nom « North Channel » , la deuxième « South Channel », la troisième porte l'intitulé plus humoristique d' « Hypocrite Channel ». C'est la seule à ne pas être balisée... Notre pilote ne connaît pas la raison originelle de cet intitulé.
Libre à chacun d'imaginer des fortunes de mer derrière le choix du nom !
Le mot du Captain ...
« Dans quelques heures, Boston. Avec l'escale, son florilège de contingences, formalités, questionnements divers et simultanés, contraintes de toutes sortes...Comment répondre à toutes ces attentes ? Se préparer à nouveau à « la terre »... ? La terre attendue, désirée et crainte à la fois, tellement loin de ce quotidien si particulier propre à « ceux qui vont sur la mer ».
Car enfin qu'il me soit permis ici – pour une fois – de briser le tabou, sans craindre d'être « trahi » par quelque plume ou censure étrangère.
Exprimer les souffrances et les douleurs du « partir », au nom de tous les hommes de mer et les courageuses femmes qui à bord de certains grands navires constituent avec eux l'équipage.
Retour brutal à une réalité d'aujourd'hui, assez éloignée de toute vision romantique et trop souvent passée sous silence, liée inexorablement à la plus pesante des vicissitudes d'un métier qu'aucun salaire ne saurait compenser : l'absence. Le cruel éloignement des siens.
C'est à ce prix en effet que les échanges maritimes s'effectuent, que les hommes commercent et se rendent visite, que Belem aujourd'hui symbole absolu d'un passé maritime légendaire, se rend outre Atlantique et touche enfin la côte.
Le grand long cours à la voile sur les quatre océans... ! Combien précurseur s'annonce un tel navire dans une vision d'avenir nourrie du passé !
Utilisant le vent, cette énergie gratuite offerte par la nature. Sécurité affranchie de toute défaillance mécanique. Redoutable efficacité tranquille à labourer la mer pour peu – bien sûr – qu'une règle incontournable et sans concession soit fidèlement et rigoureusement appliquée : la liberté du temps retrouvé, la patience et le choix des routes. En un mot la voile, école de vie : ralentir la vaine et inutile course humaine vers on ne sait quel destin. »
A bord ce 19 juin 2008.
Le Commandant
J.Guéna