Dimanche 22 juin (09h45 Heure locale)
Route :
Position : 43°05' Nord, 70°24' Ouest. Vent de sud, faible. Mer calme. Visibilité réduite. Belem remonte vers le nord, pour l'heure à hauteur de Portsmouth. Plus tard, la latitude de Boon Island, qui prolonge au large le Cap Neddick sera dans l'ouest. Direction Portland.
Vie à bord :
Le rythme de mer a repris, après l'intermède du séjour au port. Heureux d'arriver, l'équipage l'est tout autant de reprendre la mer. L'épisode terrestre s'achève par un dîner offert par le sponsor de la visite du Belem à Boston. Instant précieux de luxe et de confort. Servi au septième étage du Boston Harbor Hotel, qui surplombe le port, l'occasion est unique de découvrir Belem vu du ciel. Verre à la main, l'ensemble de l'équipage se penche - comme un seul homme - au parapet de la terrasse qui surplombe le port. Au-delà du ponton, la baie de Boston, large ouverte vers l'océan.
Appel au large :
Belem reprend la mer avec 20 invités. Parmi eux, François Gauthier, Consul de France à Boston, fin et disert, intarissable sur Samuel de Champlain, Pierre Servant, l'instigateur de l'étape de Boston - navigateur confirmé et expérimenté - ainsi que Lisa, journaliste américaine, au sens photographique affirmé, curieuse de tout, et deux québécoises, Véronique et France. Paul Le Bihan, Président de la Fondation Belem est du voyage. Pour ceux qui découvrent le voilier, ce matin au réveil, premières impressions échangées : bercement du roulis, complexité du gréement, sentiment d'apesanteur du bateau dans la brume du matin, mais aussi perception de la communion qui s'instaure de façon naturelle dans la relation entre les personnes : français, américains, québécois. Sensation de partager quelque chose d'unique. La brume impose la prudence. Au lever du jour, le soleil éclatant s'est terni de manière progressive avant de se fondre dans le brouillard qui est tombé. A intervalles réguliers, la corne du bord résonne sur la mer. Le but est d'avertir les navires, mais surtout les bateaux en pêche. D'autant que des bouées signalent les casiers, nombreux dans cette zone de pêche.
Mot d'humeur :
23 heures, samedi 21 juin, image d'un voilier qui s'enfonce dans la nuit. Son de la corne pour avertir les bateaux en mouvement sur l'eau. Manœuvre d'appareillage ou chacun joue son rôle de manière orchestrée. Les hommes d'équipage affairés au rangement des aussières et au rangement des défenses. Le pilote, le commandant et le second capitaine à la commande. Sentiment de nostalgie perceptible de ceux qui, sur le quai, applaudissent le départ, en dépit de l'heure tardive. Ultime salut à Eric Gavoty, indispensabe et précieux orchestrateur de la complexe existence à la mer de Belem. Il s'en retourne à Paris, avant de nous rejoindre bientôt à Québec.
La musique d'un orchestre parvient avec netteté de la terrasse d'un café voisin. Plus que tout autre, elle symbolise ce petit goût amer de ce qui n'est déjà plus notre réalité. La distance s'instaure avec le monde de la terre. Déconnexion progressive. Les lumières de la ville s'estompent. Dans le sillage de Belem s'alignent les feux du bateau chargé de récupérer le pilote à la sortie du port. Partir, c'est mourir un peu, pour se préparer à renaître à la prochaine escale. Et entre ces deux moments, la plénitude retrouvée du silence de la mer ! Ce matin, émotion de déchiffrer sur la carte, à proximité, les noms mythiques de ces endroits marqués par le souvenir de Samuel de Champlain. Ainsi Gloucester, à l'époque Beauport. Plus au sud, Chatham, lieu d'un affrontement avec les indiens, qui marque le point d'avancée de sa progression lors de l'un de ses voyages, avant qu'il ne revienne sur ses pas. Exercice de mémoire !