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LA TRAVERSEE AU JOUR LE JOUR

editorialHalifax - Québec du 27 juin au 3 juillet

Samedi 28 juin (09h45 Heure locale)

Route :
Position : 46°39' Nord, 61°55' Ouest. Vent secteur Nord, force 4. Mer agitée. Baromètre : 1015 millibars. Ciel nuageux, bonne visibilité. Ciel couvert pendant la nuit. Bonne visibilité. Trafic nul.
 
Vie à bord :
Le canal de Canso sépare l'île du Cap Breton au nord, de la Nouvelle Ecosse au sud. Il permet d'éviter le contournement de l'ile par l'est et le passage du détroit de Cabot. Une fois le pilote monté à bord, le chenalage commence un peu avant 19 heures. Les deux rives - de part et d'autre du voilier - sont noyées dans la grisaille ambiante. Le pont tournant et les écluses sont en vue. Un message parvient au voilier. Il informe que le mécanisme de rotation du pont est en panne : durée de la réparation indéterminée... Décision est prise d'accoster en attente de l'éclusage. Après la manœuvre, le commandant annonce aux stagiaires la perspective d'une nuit à quai, sans quarts. Satisfaction générale devant la perspective d'une nuit calme, au chaud dans les bannettes. Quelques instants plus tard tout s'arrange. Le pont peut s'ouvrir. Les feux passent au rouge et la circulation – voitures et camions - s'arrête sur la voie d'accès. La rotation du pont s'annonce de manière bruyante  par des grincements métalliques. Belem s'avance dans l'écluse. Une fois libéré, Belem pénètre dans la nuit noire la mer intérieure qui précède l'estuaire du Saint-Laurent. Au sud, l'île du Prince Edouard. Dans le prolongement de la pointe nord-est, les Iles de la Madeleine. De manière symétrique, de l'autre côté de l'embouchure du Saint-Laurent, au nord, l'île d'Anticosti. Ce matin le ciel s'éclaircit de manière progressive, les Iles de la Madeleine seront en vue vers Midi. Les stagiaires prêtent main forte à l'équipage pour fourbir les cuivres. Belem se fait une toilette alors que le but approche. Québec sera atteint dans cinq jours.
 
Billet d'humeur : L'œil du photographe
Belem est un tout - par ses dimensions remarquables qui retiennent l'attention - en même temps qu'une somme, accumulation composite dans un ensemble architecturé. La réalité du voilier s'embrasse d'un seul coup d'œil, puis se précise dans la lecture attentive de chaque détail. Occasions de relectures multiples, fragmentées, différenciées... Avec à chaque fois un sentiment d'esthétisme absolu. Chaque élément est la partie d'un tout. Le tout est lui-même d'une autre nature que la somme des détails... Plus qu'aucun autre, un regard d'une singulière acuité scrute Belem, de manière inlassable, depuis Boston. De jour comme de nuit, dans toutes les conditions de météo. Œil patient et minutieux qui scrute en permanence, analyse, pèse la lumière. Philip Plisson, c'est tout à la fois une sensibilité, une manière d'être, une philosophie de la vie, un amour sans concession porté aux choses de la mer. Pêcheur d'image, il est aussi passeur de rêve. Ses images ont la capacité d'interrompre le temps, de restituer la force émotionnelle du ressenti, le reflet impalpable de la beauté, saisie sur l'instant. Sa relation au Belem est une déjà longue histoire, faite de rencontres par épisodes, suivies de périodes de distanciation mais pas d'éloignement. Elle commence dans les années 80, avant même que Belem reprenne la mer pour sa vie actuelle. Le voilier est alors à quai, à Paris. Philip se souvient d'une structure encore vide, avant son aménagement pour accueillir des stagiaires. Puis ce seront les retrouvailles du voilier à Brest en 1988 et en 1992, lors de rassemblements des grands voiliers. Son premier embarquement a lieu à Lorient, dans les années 90. Emotion suscitée par la vision majestueuse d'un trois-mâts français à phares carrés, sous voiles. Image forte, quelque temps plus tard, de Belem par trente nœuds de vent, derrière Belle-Île, tout dessus. Ses photos attirent l'attention des responsables de la fondation qui font appel à lui pour préparer l'ouvrage destiné à commémorer le 100ème anniversaire du navire, en 1996. Plus tard, il y aura d'autres navigations de la Corse à l'Ile d'Elbe, d'autres retrouvailles à Cherbourg, Caen ou Nantes. L'arrivée à Québec sur Belem est pour le Peintre de Marine un retour, vingt-quatre années après son dernier voyage. En conclusion, pour lui, cet embarquement est l'occasion d'innover par un regard différent porté sur le voilier, d'approfondir certains détails, de s'essayer à d'autres angles de vue. Il est enfin de constater qu'en dépit des ans Belem, bien entretenu, garde son éclat.

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