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LA TRAVERSEE AU JOUR LE JOUR

editorialGaspé - Les Açores du 28 juillet au 12 août

Jeudi 7 août ( 08h00 Heure locale )

Bruissements et silence
 
Depuis hier matin le Belem file à 8 nœuds toutes voiles déployées. Le moteur s'est enfin assoupi. Son léger ronronnement indique qu'il continue à assurer les fonctions vitales du navire. L'ambiance n'est que bruissements de l'air dans les voiles et de l'eau contre la carène, de jour comme de nuit. Ce contexte était très attendu par les stagiaires. Les désagréments du bruit du moteur des jours passés seront néanmoins compensés par un mouillage à Horta. L'option est dorénavant certaine. Le jeu valait donc bien la chandelle.
Pour passer du bruissement au silence, il suffit de prendre de la hauteur. Celles et ceux qui ont participé à la séance de montée dans les vergues du mât de misaine ont pu l'apprécier. Là haut sur le cacatois – dernière vergue – à environ 27 mètres au-dessus du niveau de la mer, l'œil embrasse l'horizon à 360° et l'ouie n'est que faiblement stimulée. Au bout de quelques minutes, une situation d'apesanteur s'installe progressivement jusqu'à atteindre un état de vide. Le bercement du navire amplifie cette perception et transforme le stagiaire en oiseau planant au-dessus de l'océan, tel un Puffin. Si le bénéfice de cet exercice suppose d'être insensible au vertige, une irrépressible envie d'atteindre ce nirvana permet de sublimer la peur. C'est ce qu'a vécu Steve – rappelez-vous, le stagiaire anglais qui se douchait pendant  l'exercice d'incendie – qui a mis quelques heures à se remettre de ses émotions. Même que, selon ses dires, il a versé une petite larme de gamin heureux tout là haut !
Le bruissement a accompagné les quarts nocturnes dans une atmosphère particulière, celle que procure la nuit. Comparés au jour, les sons sont perçus différemment, l'ambiance générale est tout autre. Tels des pirates, une quinzaine de personnes (matelots et stagiaires) s'emparent du navire. Leurs ombres furtives courent sur le pont dans la pénombre. Le peu de lumière nécessaire est tamisé. Les personnes présentes chuchotent plus qu'elles ne parlent. Elles semblent ourdir un complot sous une voûte céleste étoilée émaillée d'étoiles filantes. Même l'eau qui effleure la coque est en feu. Telles des lucioles, le plancton phosphorescent imprime la trace du navire.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Emile Le Moignic pour la Fondation Belem

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