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LA TRAVERSEE AU JOUR LE JOUR

editorialGaspé - Les Açores du 28 juillet au 12 août

Dimanche 10 août ( 08h00 Heure locale )

L'aînée et la benjamine racontent leur Belem

Au cœur de l'archipel des Açores, interviews croisées entre Gigi (diminutif de Ginette) et Camille. Deux générations les séparent. La première, du haut de ses 72 ans – bon pied, bon œil – à l'âge d'être la grand-mère de la seconde. Camille a tout juste 20 ans. Grand-mère, elle l'est. Gigi a deux enfants (une fille et un garçon) et deux petits-fils (Benjamin et Mathieu). C'est l'aînée du Belem, Camille est la benjamine. La « mamie » est une récidiviste avec pas loin d'une dizaine de stages sur le navire depuis 2002. Camille embarque pour la première fois. Gigi est désormais nantaise après de longues années passées à la Celles-Saint-Cloud tandis que Camille vit à côté de Perpignan. Son léger accent est là pour le rappeler. Bien que constamment malade en mer, Camille est une « voileuse » depuis l'âge de 6 ans. Elle navigue avec ses parents sur un First 32-5. Lors de son adolescence, Gigi a pratiqué la voile sur le lac d'Enghien. Pour Camille, le rêve de sa vie, « c'est de faire le tour du monde sur un bateau ».
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Comment avez-vous connu le Belem ?
Gigi : elle l'a vu la première fois, démâté, au pied du pont d'Austerlitz à Paris en 1983. Le désir de « voyager sur un beau voilier comme ça » naît lorsqu'elle l'aperçoit en 1987 avec ses mâts devant la Tour Eiffel. Les années passent, les vacances familiales priment. Ce n'est qu'en 2001 qu'elle se renseigne un peu plus. Elle sait qu'il s'agit d'un navire-école mais pense qu'il s'agit d'une école réservée aux marins de la Marine Nationale. De coups de fils en coups de fils, elle apprend que le Belem n'accueille que des stagiaires civils. L'Odyssée Atlantique de 2002 l'émoustille mais elle ne pourra y participer pour des raisons de logistique. Néanmoins, elle accueille le Belem le 14 juillet à Saint-Nazaire lorsque le navire conclut sa grande tournée.
Camille : elle connaît le Belem à travers les propos de ses parents. Elle ne l'avait vu en vrai avant son premier embarquement, seulement dans les films et sur des photos.
 
Qu'est-ce que vous imaginiez de la vie sur le Belem avant d'embarquer ?
Gigi : en fait peu de choses car elle s'est beaucoup documentée avant son premier embarquement.
Camille : comme Gigi, son imagination s'est tarie à la lumière des films qu'elle a visionnés.
 
Quel fut votre premier embarquement ?
Gigi : en 2002, juste après l'Odyssée, pour un stage sur les côtes de la Bretagne Sud en partant de Saint-Nazaire.
Camille : cette année, sur cette traversée de l'Atlantique.
 
Vos premières impressions lors de cette initiation ?
Gigi : « une impression un peu spéciale » car à bord il y avait des salariés invités d'une entreprise qui se comportaient en touristes de croisière, avec la tenue qui sied en pareille occasion. C'était « un peu bancal ». Au-delà de cette impression, Gigi se souvient de sa découverte des quarts, son « appréhension de la barre », d'avoir été prise « dans un flot » lors des manœuvres sans trop saisir ce qui se passait. La manœuvre l'avait inquiété avant d'embarquer. Elle avait pourtant lu très attentivement le manuel du gabier mais la crainte de ne « pas avoir appris tout ça » l'effrayait quelque peu. Tout se passa bien. Sa soif d'apprendre assouvie et le plaisir de l'escale de Belle-Île – voir le Belem des remparts, un ravissement – lui font dire : « je reviens l'année prochaine ».
Camille : pas de surprise sur l'organisation et la vie à bord, Camille connaît les règles et les us et coutumes de la navigation. Camille a encore du mal « à imaginer qu'elle navigue sur le Belem » et se sent à mi-chemin « entre rêve et réalité ». Elle pense qu'elle prendra réellement conscience de ce privilège lorsqu'elle débarquera à Lisbonne. Juré, promis, elle ira avec sa famille et ses amis revoir le Belem, le toucher du regard, lorsqu'il sera à Port-Vendres.
 
Un souvenir particulier lors d'un précédent stage ?
Gigi : celui d'avoir failli couper en deux un bateau espagnol en train de pêcher, tous feux éteints, au large des côtes portugaises lors de son stage « Brest – Port-Vendres » en 2003.
 
Pourquoi êtes-vous présentes aujourd'hui pour cette grande traversée ?
Gigi : « pour aller sur l'Océan sur un vrai navire qui a une histoire », Gigi réalise un « rêve d'ados » nourri des lectures d'Alain Gerbault ou de Pierre Loti. Avec un petit regret, celui de ne pas avoir pu naviguer sur le Saint-Laurent.
Camille : c'est le cadeau de ses 20 ans offert par ses parents. C'est sa mère qui a rédigé la lettre de motivation et la révélation eu lieu le 29 janvier dernier en soufflant les bougies d'anniversaire.
 
Quels sont vos centres d'intérêt sur le Belem ?
Gigi : apprendre, toujours apprendre des matelots et « comprendre ce que l'on fait », « côtoyer des gens de milieux et de conditions différentes » et participer, dans la mesure de ses moyens physiques, aux activités diversifiées des quarts, dont la barre et les manœuvres. Ceci sans exclure la délectation de rêver tout en scrutant la mer avec nonchalance à partir du gaillard d'avant.
Camille : douce rêveuse, Camille prend plaisir à regarder la mer tout en se plongeant dans ses songes et « se ressourcer dans ce lieu magique ». Pour elle tous les rôles sont importants, les nobles autant que les communs. Elle ne dissimule point la jouissance de barrer ce navire, « l'honneur que le bateau me fait de pouvoir le barrer ».
 
Qu'est-ce que vous aimez moins faire sur le navire ?
Gigi : faire les cuivres car « il faut recommencer tous les jours ». Gigi a décidé de ne pas avoir de cuivre chez elle !
Camille : aucune tâche ne la rebute.
 
A mi-parcours de ce stage entre Gaspé et Lisbonne, quels enseignements tirez-vous ?
Gigi : l'étonnement d'être « seuls sur l'Océan » car depuis le départ la mer semble vide de toute vie humaine. Malgré les stages déjà accumulés, Gigi acquiert toujours des connaissances nouvelles du travail réalisé par les matelots. Par contre, elle ronge un peu son frein car « on ne fait pas grand chose » en dehors des quarts.
Camille : tout est nouveau même pour la voileuse qu'elle est. Camille estime avoir « encore beaucoup de choses à apprendre » et souhaite « aller plus loin » dans la compréhension du bateau. Tout ce qu'elle souhaite voir (coucher de soleil, baleines, dauphins) elle l'a vu à l'exception des tortues de mer bien que certaines fussent visibles du navire. La petite jeunette du bord se sent quelque peu maternée par les stagiaires et l'équipage. Elle apprécie cette proximité avec des personnes plus âgées et « prend plaisir à écouter l'expérience des autres ». De fait elle se sent proche des matelots – nettement plus jeunes que les stagiaires – dont « la solidarité entre eux » l'émerveille.
 
Si vous deviez inciter quelqu'un à naviguer sur le Belem, quels arguments utiliseriez-vous ?
Gigi : venez, « c'est tellement bien », vous ne pouvez pas savoir « tout ce que vous pourrez apprendre » au contact des matelots et des autres stagiaires, dans une bonne ambiance et un zeste de « rigolade ».
Camille : « amoureux de la mer, venez vivre une expérience unique ; c'est l'endroit idéal pour réaliser vos rêves ».
 
A la manière de Proust
Elles aiment :
Gigi : l'organisation, l'amitié, la musique (jazz, opéra), travailler de ses mains, voyager (Gigi est une globe-trotteuse), les gens raffinés (tels que Chazot, Cocteau, Noiret, etc.).
Camille : l'amitié et la famille, la gastronomie, la voile, varier les plaisirs sportifs (voile, escalade, natation synchronisée) et culturels (théâtre, cinéma), dormir (comme une marmotte), regarder les orages.
 
Elles n'aiment pas :
Gigi : les yaourts, l'hypocrisie, le thé vert du Japon, les gens grossiers, le football (« un sport de manchots »), les gens fainéants qui se plaignent tout le temps.
Camille : l'injustice, les endives (crues et cuites), être malade (notamment en mer), la malhonnêteté, courir au-delà d'1 kilomètre (plutôt sprinteuse que coureuse de fond).
 
Emile Le Moignic pour la Fondation Belem
 

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