Guy Le Vu, embarqué à bord du Belem depuis 1993, a pris le 12 décembre dernier une retraite bien méritée. Agnès Olivier, marin et stagiaire fidèle du Belem, amie de Guy, nous offre un portrait émouvant et vrai de celui que l'on surnomme affectueusement « Pépé ».
Je me suis retrouvée bien embêtée lorsque la Fondation m'a demandée d'écrire un mot concernant un certain Guy Le Vu.
Mais qui est donc ce Guy Le Vu? Il est davantage connu sous le nom de « Pépé » ; il faut dire que cela lui colle bien à la peau. Que dire alors sur « Pépé » ?
Le p'tit Pépé est né un 12 juin 19..., on ne souvient plus très bien quand, c'était il y a trop longtemps... Plus sérieusement, Pépé, figure incontournable du Belem a commencé à bord en 1993 comme matelot. Après le départ de Daniel en 2002, il est devenu bosco, poste qu'il occupe depuis lors en alternance avec Patrice Caherec.
On pourrait avoir l'impression qu'il a toujours été à bord du Belem Pépé, tant ils sont liés, et bien non. C'est qu'il a bourlingué « le vieux »! Il a commencé à naviguer en 1969-1970 au long cours à bord de pétroliers et porte-conteneurs. Il en a vu du pays pendant quatre ans ; les pays du Nord, les Etats-Unis, le Canada, l'Equateur, la Colombie, le Costa Rica... Il a aussi profité du soleil de Tahiti pendant son armée. Puis un ras-le-bol maritime l'envahit et pendant quelques années, il redevient « terrien ». Cela dure un peu mais finalement, la mer le rattrape. Il part à la pêche, au chalut à Lorient et surtout il fera la petite pêche par chez lui, dans son fief : le Golfe du Morbihan. En 1993, l'envie le prend de retourner au Commerce. Il se retrouve par hasard – et ne dit-on pas que le hasard fait bien les choses – sur un quai à

Toulon. Il lui semble avoir « une grande toile d'araignée au-dessus de la tête »... c'est tout simplement le Belem.
Il a embarqué ce jour-là sans n'avoir jamais mis les pieds à bord d'un voilier, et depuis il ne l'a plus quitté. Les années ont passé, marquées par de belles rencontres et de beaux voyages. Il en a vécu des choses à bord ! De rudes hivers où l'on a froid à travailler dans la mâture, les quarts sous la pluie, des après-midi à piquer la rouille, de bonnes bastons où la mer est formée. Mais aussi des traversées historiques : l'Odyssée Atlantique où l'équipage donne le meilleur de lui-même, le Canada pour la beauté de la navigation. Il assiste et participe à de belles manœuvres (accostage, départ à la voile...), des mouillages superbes et de sympathiques soirées en équipage.
Notre bosco aura accompagné le Belem dans ses grands voyages mais va devoir maintenant quitter le navire, qui lui laissera d'innombrables souvenirs. Une telle vie maritime ne peut se résumer en quelques lignes.
Il est juste question d'un petit bout d'histoire d'un marin, d'un homme hors du commun. Il est difficile de parler de « Pépé » car il est un homme qui se rencontre, qui se vit mais qui ne se raconte pas. Vous qui l'avez connu, prenez-le comme un privilège et souvenez-vous... Pépé le matelot, Pépé le Bosco, Pépé le grognon, Pépé le gentil, Pépé et ses célèbres expressions : « Arbeit ! », « Meuh oui.. » et son légendaire « Action ! »... Pépé qui plaisante et raconte des bêtises, Pépé et la délicatesse (!) pour réveiller les stagiaires, Pépé avec sa clope du matin et son café au lait avec deux sucres. Pépé qui ne mange pas le midi et que l'on retrouve à minuit la tête dans le frigo, Pépé qui chante « Mon petit garçon... ».
Je ne pense guère me tromper en disant que ses expressions et habitudes resteront gravées dans l'esprit de chacun. Il ne nous reste plus qu'à lui souhaiter une très très bonne retraite !
Alors bon vent à toi Pépé et profite bien de ton repos mérité.