Une vaste étendueLorsque Samuel de Champlain débarque pour la première fois sur les côtes québécoises en 1603, cela fait trois ans que la
Nouvelle-France existe en tant que telle ; très précisément depuis que Pierre de Chauvin a installé à Tadoussac le premier établissement français sur le sol nord-américain.
Le territoire ainsi nommé est loin d'avoir les dimensions qu'il va acquérir au fil du XVIIe siècle et jusqu'au milieu du siècle suivant. Dans sa plus grande étendue, il ira de la baie d'Hudson au nord jusqu'au Golfe du Mexique au sud en passant par le « Canada » ( sud de l'actuel Québec), l' «Acadie » (aujourd'hui Nouvelle Ecosse et Nouveau Brunswick) et la « Louisiane », vaste territoire comprenant les Etats actuels de Louisiane, Illinois, Arkansas, Dakota du Sud, Dakota du Nord, Iowa, Kansas, Missouri, Montana, Nebraska, Oklahoma...
Québec, point de départ de la Nouvelle France« L'habitation de Québec », édifiée par Champlain pendant l'été 1608, consiste en un simple groupe de trois maisons entourées d'un fossé et d'une palissade. Mais à la différence des autres comptoirs français, installations provisoires utilisées puis abandonnées selon les fluctuations des échanges commerciaux, Québec a été construit pour durer. Pour assurer la pérennité de son nouvel établissement, Champlain applique trois grandes stratégies : il bâtit de solides alliances avec les Indiens Algonquins, Micmacs, Hurons, les soutenant dans les combats territoriaux qui les opposent aux Iroquois ; il sillonne rivières et fleuves des régions environnantes, explorant de vastes territoires, étendant la présence française vers les Grands Lacs et le Nord-est des Etats-Unis actuels ; il revient régulièrement en France, traversant l'Atlantique pour défendre la cause du pays auquel il s'est dorénavant identifié. Il est partie prenante dans la décision de Richelieu, Premier ministre de Louis XII, de créer en 1627
La Compagnie des Cent Associés ou
Compagnie de la Nouvelle France dont les actionnaires se voient concéder le monopole commercial sur un territoire allant de la Floride au Pôle Nord et de Terre-Neuve aux Grands Lacs.
L'incessante rivalité commercialeCe que fait Richelieu, et que fera Colbert sous Louis XIV, est de donner une onction officielle à la véritable motivation de tous ceux qui s'intéressent depuis des siècles à la découverte de nouveaux territoires : conquérir des marchés. Au Québec, le marché qui intéresse tout le monde, Champlain y compris, est celui de la fourrure. Ce n'est pas un hasard si les grandes expéditions, espagnoles, françaises, anglaises, sont financées par des groupes de commerçants... Dans ce contexte, la rivalité qui oppose Français et Anglais dans les Caraïbes, en Inde, à l'île Maurice, à Madagascar, se retrouve sur les rives et dans les terres nord américaines.

Ainsi dès le départ, la
Compagnie des Cents Associés subit les attaques des Anglais, qui arment des corsaires pour saborder ses navires et faire le siège de Québec. C'est ainsi que les frères Kirk, en 1628, détruisent les navires de la compagnie à l'embouchure du Saint Laurent et l'année suivante, s'emparent de Québec (dont la population n'excède pas la centaine de personnes). Champlain, obligé de capituler, est emmené à Londres et ne retrouve Québec que quatre ans plus tard, lorsque le Traité de Saint Germain restitue le bourg à la France. Champlain participe activement à sa reconstruction et sa fortification. Il y meurt en octobre 1635.
En 1642, Paul de Chomedey de Maisonneuve fonde Ville-Marie, autant une mission d'évangélisation qu'un fort servant de protection contre les attaques des Iroquois et qui deviendra Montréal. Mais c'est Québec qui restera la capitale administrative de la Nouvelle France jusqu'en 1759.
Grandeur et faiblesses de la Nouvelle France
Les années qui suivent sont marquées par de nouvelles attaques britanniques, dont celle en 1690 de l'Amiral Phips contre Québec, qui échoue, mais aussi par de multiples conflits avec les Iroquois dus a à l'alliance française avec les Hurons. Sous Louis XIV, la Nouvelle France atteint son apogée territoriale après la découverte et la descente du Mississipi par le Canadien Louis Jolliet et le Français Jacques Marquette, en 1673 puis par Robert Cavelier de La Salle qui prend possession de la Louisiane au nom du Roi de France en 1682. Mais elle est toujours anémiée par le manque de peuplement, surtout par comparaison avec les colons britanniques. Ainsi par exemple, au début du XVIIIe siècle, elle compte 15 000 habitants alors que la Nouvelle Angleterre voisine, beaucoup moins étendue (elle couvrait 6 Etats actuels) en compte 225 000. Cela n'empêche pas les Français de chasser, en 1690, les Anglais de l'Acadie et de Terre-Neuve. Mais, suivant les fortunes de guerre européennes, le Traité d'Utrecht en 1713 contraint les Français à céder à la Grande-Bretagne l'Acadie, Terre-Neuve et la baie d'Hudson.
De Montcalm à La Fayette...
Les relations exécrables entre la France et l'Angleterre sous le règne de Louis XV se traduisent là aussi par une hostilité mutuelle dans les territoires nord-américains, aiguisée par la densité de population de la Nouvelle Angleterre qui cherche à s'étendre.

La guerre de Sept Ans (1756–1763) entre la France et la Grande-Bretagne marque un tournant décisif.
Dès 1755, les Britanniques déportent vers le sud plus de 7 000 Acadiens, soit la plupart des Français établis en Nouvelle-Écosse, considérés comme ennemis en puissance et les remplacent par des colons écossais. En 1756, le Général Louis-Joseph de Montcalm est envoyé en Nouvelle-France avec une armée de trois mille hommes. En 1759, l'armée du Général James Wolfe assiège Québec durant dix semaines.
Pendant la bataille décisive des Plaines d'Abraham, au pied de la ville, aussi bien Montcalm que Wolfe sont mortellement blessés. Mais les Français doivent capituler.
Le printemps suivant, malgré la forte résistance des troupes du Général Lévis, les Britanniques s'emparent de Montréal et de Trois-Rivières. Le Traité de Paris en 1763 scelle le sort de la Nouvelle France : Paris perd ses territoires canadiens (sauf St Pierre et Miquelon) et la rive Est du Mississipi.
A peine treize ans plus tard, c'est le sort de la Nouvelle-Angleterre qui va basculer, lorsqu'éclate la Guerre d'Indépendance américaine où un jeune général français, le marquis de La Fayette, se battra avec ses troupes aux côtés du général George Washington...
Quelques références bibliographique
- Jacques CARTIER
Relations - 1536
(Presses de l'Université de Montréal)
- Gabriel SAGARD
Le Grand Voyage au Pays des Hurons – 1632
(Leméac, Montréal, 1990)
- Samuel de CHAMPLAIN
Les Voyages de la Nouvelle France occidentale, dite Canada
Faits par le Sieur de Champlain – 1632
(Archives de la Charente-Maritime)
- Eric THIERRY
La France de Henri IV en Amérique du Nord. De la création de l'Acadie à la fondation de Québec,
(Honoré Champion, Paris, 2008)
- Gilles HAVARD et Cécile VIDAL
Histoire de l'Amérique française
(Flammarion, dernière édition 2008)
- Jean GLENISSON
La France d'Amérique – Voyages de Samuel de Champlain 1604-1629
(Imprimerie Nationale, 1994)
- Patrick HENNIQUAU et Bernard MOUNIER
Samuel de Champlain – Carnet de voyages au Canada
- Bande dessinée du XVIIe siècle
(Editions Bonne Anse – Vaux sur Mer)
- Guy BINOT
Pierre Dugua de Mons – Gentilhomme Royannais, premier colonisateur du Canada
(Editions Bonne Anse – Vaux sur Mer)