Moins d'un an après le retour du Belem, les Caisses d'Epargne créaient la Fondation Belem, qui, sous la présidence de Jérôme Pichard, reçut comme mission l'entretien du navire et la promotion du passé maritime de la France.
Comment remplir au mieux cette double mission ? Il fut décidé que, parmi les différentes possibilités envisagées, la meilleure était son utilisation comme bateau école, non pas pour de futurs marins mais pour les membres du public désireux de découvrir les modes de navigation et les usages de la marine d'autrefois. Pour cela il fallait procéder à d'importants travaux afin que le Belem réponde aux normes exigées pour ce genre d'activité. Ils furent confiés à Jean Randier, ancien officier de la marine marchande, écrivain membre de l'Académie de Marine.
Au pied de la tour Eiffel...

Après une première série de travaux à Brest, le Belem fut transféré à Paris et amarré au pied de la Tour Eiffel. L'idée était d'attirer l'attention du public et des médias sur la restauration du voilier : elle se révéla excellente. Le navire-musée accueillit un public nombreux ; les Parisiens s'intéressèrent aussi au chantier et aux travaux de l'équipe qui entourait le Commandant Randier. Certains, comme Daniel Jéhanno, un chauffeur de taxi d'origine bretonne, allaient s'y impliquer et devenir des acteurs à part entière de l'aventure du Belem.
Les travaux durèrent ainsi quatre ans mais ils aboutirent. En 1984 le Belem fut classé Monument Historique. En 1985, Jean Randier fut nommé par la Fondation premier Commandant du Belem. Il demanda à Daniel Jéhanno d'être son bosco. Celui-ci accepta : il devait rester comme maître d'équipage du Belem jusqu'en 2003.
Et, preuve que la restauration du trois-mâts était réussie, dès 1986 le Belem fit la traversée de l'Atlantique jusqu'à New York pour participer aux fêtes du centenaire de la Statue de la Liberté – presque une contemporaine puisqu'elle n'avait que 10 ans de plus que lui ! L'année suivante démarraient les stages de navigation.
L'histoire continue

En 1996, 10 ans après avoir repris la mer, le Belem célébrait avec éclat son centenaire : la Caisse d'Epargne, son mécène, organisa des représentations de théâtre qui conquirent un vaste public dans 17 ports de France. En 2002, une autre belle aventure : l'Odyssée Atlantique, qui vit le Belem repartir, emmenant des équipes de stagiaires dans le sillage de ses campagnes d'autrefois. Un voyage qui dura du 10 février au 14 juillet. D'abord un détour par Dakar avant de se diriger sur Belem do Parà, le port à l'embouchure de l'Amazone auquel il doit son nom. Ensuite, Saint Pierre de la Martinique, très exactement cent ans après son dernier voyage là-bas, celui qui aurait pu lui être fatal. Un moment de grande émotion lorsqu'une plaque au nom du Belem fut emmenée par des plongeurs jusqu'au fond de l'eau de la baie en hommage à tous les navires détruits et aux équipages disparus... Puis, sur le chemin du retour, une dernière escale aux Açores avant de regagner Saint Nazaire...
Le fleuron du patrimoine maritime de la France
Juin 2006 : encore une étape significative pour le Belem, celle de ses 110 ans. Hasard du calendrier, 2006 aura été l'année où le Belem a retrouvé des ports qu'il n'avait plus revu depuis son époque italienne - Malte notamment et la Sicile.
En 2004, ce fut la mer Baltique et les ports scandinaves... Car si sa mission est de faire naviguer des équipes de stagiaires, elle est aussi d'être un authentique représentant auprès de tous les publics, en France et au-delà, de l'histoire et de la tradition maritime française. C'est pourquoi il est présent dans un nombre toujours plus important de grands événements nautiques, que ce soit à Rouen, à Kiel, à Bremerhaven, à Ostende, à Brest...
C'est aussi pourquoi depuis 2002, il fait étape plusieurs semaines chaque automne dans un port français différent (Nantes, Bordeaux, Caen, Marseille...) pour y accueillir des milliers de visiteurs de tous âges ; qu'il a fait l'objet de nombreux reportages, de documentaires télévisés, dont de grandes séries comme celle réalisée par « Jules Vernes Aventures » lors de l'Odyssée Atlantique ; qu'il figure dans des films à caractère historique...
Le Belem avait 18 ans quand il quitta la France pour d'autres horizons. A 110 ans, il fait dorénavant partie intégrante du patrimoine maritime de son pays natal.