Le projet

La Fondation a engagé une dépense très conséquente, 1,7 million d’euros, pour stopper la menace d’arrêt de navigation du trois-mâts. La partie la plus corrodée de la coque va être remplacée cet hiver par un bloc neuf construit sur-mesure. Il était temps de choisir la solution technique la plus pérenne, car l’ombre du Bureau Veritas plane constamment sur la coque du Belem. Il la surveille comme le lait sur le feu, prêt à retirer sa certification si rien n’est fait pour réparer les zones naturellement corrodées.  

Seulement, la Fondation n’a pas de réserve pour financer de tels travaux. Elle a sollicité des aides du ministère de la culture (Drac Pays de la Loire), ainsi que des collectivités territoriales. Mais ce ne sera pas suffisant, ces aides étant plafonnées.

SOS coque corrodée sous la cale machine

Nous le savions depuis déjà plusieurs années : les tôles d’acier constituantes de la coque du Belem subissent des pertes d’épaisseur. C’est un processus naturel, connu et suivi de près. Une zone du navire en particulier subit plus de corrosion, la zone plus basse du navire, située sous la cale machine, réceptacle des eaux usées. De par sa construction ancienne en effet, le Belem ne dispose pas de bac de récupération de ces eaux. C’est à cet endroit qu’elles s’écoulent naturellement, provoquant une corrosion interne qui s’ajoute à la corrosion externe engendrée par l’eau de mer.

Des travaux d’envergure pour continuer à naviguer

La société de classification qui suit depuis plus de 40 ans le navire, Bureau Veritas, surveille ce phénomène naturel, inhérent aux navires à coque en acier. Elle doit tirer la sonnette d’alarme quand les tôles d’acier perdent plus de 20% de leur épaisseur. A ce point critique, le navire devient inapte à la navigation. Il perd sa certification. C’est précisément pour éviter à tout prix d’en arriver là, qu’ont été décidés les travaux de restauration hiver 2022-2023.

Un bloc neuf pour réparer la coque

La Fondation a opté pour la plus pérenne des solutions : remplacer l’ensemble du bloc cale machine par un bloc neuf, plutôt que d’injecter des renforts d’acier au niveau des zones affaiblies. Cette lourde décision engendre quelques désagréments immédiats : prolongement du chantier et par conséquence décalage du programme de navigation 2023. Le Belem ne reprendra en effet la mer qu’en juin prochain. Mais cette sage décision préfigure la poursuite de la navigation…. sans limite de date ? Seul l’avenir le dira. C’est déjà un joli petit miracle de continuer à faire naviguer ce monument historique, tel un château flottant. Mais ce qui est sûr, c’est que la Fondation investit massivement pour mener à bien sa mission fondatrice : permettre au plus grand nombre d’embarquer à bord du Belem et vivre une aventure unique au monde.

Les grandes étapes de l’opération chirurgicale 

Avec son crayon, Michel Cazes, ingénieur et amoureux du Belem, nous décortique les grandes étapes de l’opération chirurgicale que va subir le Belem : échouage en cale et rehaussement du navire sur tins amovibles, ablation des organes, découpe de la coque et structure malade, greffe d’un bloc neuf par ripage puis soudure. Michel nous emmène sous la coque du navire. On entre dans ses entrailles, sous le fameux bloc cale machine qui va être remplacé par un greffon neuf. Enfin, il nous donne à visualiser les zones d’interventions complémentaires du chantier hivernal :  la réfection de 3 hublots et du puits aux chaînes.

 

Interview de Jérôme LECAMP – Directeur Département Arrêt Eiffage Energie Systèmes - Clemessy Services (EES – CYS)

Comment et pourquoi EES-CYS a été choisi pour réaliser ce chantier ?

Ce choix raisonné est l’aboutissement d’un véritable partenariat basé sur la confiance que nous accorde la fondation et son nouveau gérant V.Ships France. Il repose sur trois piliers : connaissance du navire, réussite d’une opération similaire et compétences internes. Nous connaissons le Belem pour être intervenus périodiquement sur sa coque et sa machine. Pour le Plastic Odyssey - navire engagé dans la lutte contre la pollution plastique en mer - nous avons déjà remplacé un élément de sa coque en système « bloc tiroir », ainsi que l’ensemble de la chaise arrière en mécanique. Enfin nous réunissons à saint Nazaire les compétences et métiers nécessaires pour mener à bien un tel défi : études, conception, chaudronnerie, mécanique, tuyauterie, électricité, décapage haute pression, peinture …

Expliquez-nous les grandes étapes des travaux ?

Sur le papier c’est très simple : la partie de la coque située sous la cale machine va être remplacée à l’identique par une structure neuve. Imagez que le Belem est une grande armoire et l’on change son dernier tiroir. Mais en réalité, ce chantier sera de haute ingénierie, un défi mêlant patrimoine et technologie. La 1ére étape est technologique : Notre bureau d’étude interne lancera en fabrication un bloc neuf grâce à la modélisation obtenue à partir d’un scan 3D, effectué au niveau des tôles abîmées. La 2nde étape est mécanique et méthodique. Nous allons devoir démonter la quasi-totalité des équipements de la salle machine (moteur de propulsion, alternateur, pompes) permettant d’accéder au bloc abîmé afin de le découper. Puis nous allons effectuer une visite des 2 lignes d’arbres, 6 paliers ainsi que l’appareil à gouverner. Tout devra être numéroté, répertorié, protégé. L’enjeu est de pouvoir, en phase finale, remonter l’ensemble de la machine conformément au schéma initial et affiner les réglages pour retrouver les fonctionnalités de la propulsion du navire. La 3ème étape est gravitationnelle : Avant de découper la tôle, il faudra dégager de ses supports (tins) la partie de coque à opérer et renforcer la tenue du navire rehaussé, quasi en « lévitation ». La 4ème étape est le vrai défi du chantier : trouver le bon procédé pour souder du neuf sur de l’ancien. Nous allons effectuer des prises d’échantillonnage de tôle, tester et définir, en collaboration avec le Bureau Veritas, le meilleur mode opératoire de soudage.  La 5ème étape est hautement technologique : Notre bureau d’étude va fabriquer un outillage spécifique permettant au nouveau bloc tiroir de s’adapter parfaitement au navire (ripage) puis nous procèderons à la soudure de bordée.

Dans quel état d’esprit entamez-vous ce chantier ?

Honneur : C’est une grande fierté de pouvoir effectuer ces travaux de maintenance de si grande ampleur sur ce navire patrimonial maritime Français.

Confiance : Le navire est de conception robuste et nous avons déjà pratiqué ce genre d’opération.

Exemplarité : Ces travaux sont historiques pour le Belem car jamais opérés sur un navire de cet âge.

Responsabilité : Nous sommes déterminés à respecter les enjeux de sécurité, qualité et respect du délai.

 
photo de une : Ewan Lebourdais, peintre officiel de la marine
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